Pourquoi un homme désire moins quand il aime

Par Sami, fondateur d’Oedeep · Publié le 16 juin 2026

Chez certains hommes, le désir baisse à mesure que l'amour et la tendresse grandissent : c'est le paradoxe que décrit le complexe de la madone et de la putain. La tendresse et l'admiration ressenties pour une partenaire entrent alors en conflit avec le désir sexuel, comme si aimer et désirer la même personne devenait difficile. C'est une tendance, pas une règle, et elle peut s'apaiser.

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Pourquoi un homme désire moins quand il aime ?

Chez certains hommes, l'amour vécu comme tendresse et admiration entre en confrontation avec le désir sexuel. Plus la partenaire est idéalisée et placée sur un piédestal, plus le désir s'affaiblit. Ce n'est ni un défaut de caractère ni de l'immaturité : c'est une organisation particulière de la vie amoureuse, repérée d'abord par la psychanalyse, puis étudiée par la psychologie.

L'idée centrale remonte à Freud. Il décrivait des hommes pour qui les deux courants de l'amour, le tendre et le sensuel, ne parviennent pas à se rejoindre sur une même personne.

Selon Sigmund Freud (1912, essai théorique clinique), ces hommes connaissent « la où ils aiment ils ne désirent pas, et la où ils désirent ils ne peuvent pas aimer », un échec de la fusion du courant tendre et du courant sensuel. On the Universal Tendency to Debasement in the Sphere of Love

C'est exactement ce que Sami met en mots dans la vidéo, et c'est le point qui choque le plus quand on l'entend pour la première fois.

Plus un homme, il éprouve de la tendresse pour une femme et une forme d'admiration, plus quand il est dans ce complexe, dans cette dichotomie madone putain, plus il va avoir du mal à désirer.Sami, fondateur d’Oedeep

Il faut le redire : on parle d'une tendance qu'on retrouve plus souvent chez une partie des hommes, pas de la majorité, et certainement pas de tous. Pour comprendre en quoi votre propre désir est spontané, réactionnel ou mixte, le test quel est votre type de désir peut être un point de départ.

La tendresse fait-elle vraiment baisser le désir avec le temps ?

Avec la durée du couple, désir et tendresse semblent évoluer différemment selon le genre, du moins dans les données disponibles. Une enquête sur de jeunes adultes en couple stable observe que le besoin de tendresse diminue chez les hommes alors qu'il augmente chez les femmes, tandis que le désir sexuel décline surtout du côté féminin. C'est une photographie statistique, à manier avec prudence.

Ce résultat éclaire le ressenti décrit dans la vidéo, mais il ne le démontre pas pour chaque couple. Il s'agit d'une étude transversale, menée sur une population étudiante, qu'on ne peut pas généraliser telle quelle.

Selon Klusmann (2002, enquête transversale sur 1 865 étudiants allemands en couple stable, 19 à 32 ans), « le désir de tendresse décline chez les hommes et augmente chez les femmes », et « le désir sexuel ne décline que chez les femmes » avec la durée de la relation. Archives of Sexual Behavior

Retenez surtout l'idée d'une dissociation possible : chez certains hommes, ce qui nourrit l'attachement (la tendresse) n'est pas ce qui nourrit le désir, et la routine du couple peut accentuer cet écart.

Pourquoi le désir change-t-il quand la conjointe devient mère ?

Quand une partenaire devient mère, le désir du couple peut se déplacer, mais pas de la façon caricaturale qu'on imagine souvent. La parentalité affecte différemment le désir des hommes et des femmes, et les données ne disent pas qu'elle « éteint » mécaniquement le désir féminin. Côté maternel, une baisse réelle du désir est documentée en post-partum ; côté plus large, les résultats sont plus nuancés.

Une étude longitudinale sur la transition vers la parentalité montre qu'une part importante des mères traverse une période de désir bas dans l'année qui suit la naissance.

Selon Schwenck, Dawson, Muise et Rosen (2020, étude longitudinale comparant 99 couples primipares à 104 couples témoins), entre 39 % et 59 % des mères rapportent un désir sexuel cliniquement bas et 47 % à 57 % une détresse sexuelle significative au cours des 12 mois post-partum. The Journal of Sexual Medicine

Mais l'image se complique dès qu'on change d'échelle. Sur un très grand échantillon de population, une naissance récente est même associée à un désir moyen légèrement plus élevé, un effet très faible, tandis que c'est surtout le genre et l'age qui pèsent. D'où la formule prudente : la parentalité affecte différemment le désir des hommes et des femmes, sans loi universelle.

Selon Aavik, Täht, Vainik et Mõttus (2026, étude observationnelle sur 67 334 participants de l'Estonian Biobank), une naissance dans l'année écoulée est associée à un désir moyen légèrement plus élevé (effet très faible), le désir dépendant surtout du genre et de l'age. Scientific Reports

Comment, alors, comprendre le retrait de désir parfois observé chez l'homme ? La psychanalyse propose une lecture théorique : plus l'homme perçoit sa conjointe comme une mère, plus il s'en rapprocherait de la symbolique maternelle et d'un désir incestueux refoulé. C'est un cadre interprétatif freudien, pas un fait empirique mesuré, et Sami le présente d'ailleurs comme tel dans la vidéo.

Plus l'homme perçoit sa conjointe comme une mère, plus on se rapproche de d'un désir incestueux refoulé et plus on s'éloigne du désir qu'il peut éprouver pour elle.Sami, fondateur d’Oedeep

Désirer moins quand on aime, est-ce mauvais pour le couple ?

Vivre cette dichotomie n'est pas neutre pour la relation, mais cela ne condamne rien. La recherche associe une vision dichotomique des femmes, partagées entre la « bonne » madone et la « mauvaise » putain, à une satisfaction de couple un peu plus basse en moyenne chez les hommes concernés. C'est une corrélation, observée sur un petit échantillon : une tendance, pas un diagnostic, et encore moins une fatalité.

Reconnaitre cette logique chez soi ou chez l'autre est utile, justement parce qu'elle pèse sur le lien. Apprendre à voir chez une même personne à la fois la tendresse et le désir est sans doute le meilleur antidote.

Selon Bareket, Kahalon, Shnabel et Glick (2018, étude empirique par questionnaire, N=108 hommes), « l'adhésion à la dichotomie madone/putain prédit négativement la satisfaction de la relation amoureuse des hommes ». Association observationnelle, échantillon limité, sans preuve de causalité. Sex Roles

C'est ce que résume Sami quand il décrit ce rapport binaire au féminin comme une source de souffrance pour l'homme lui-même.

Plus un homme est dans ce rapport binaire de la femme mère à la femme putain, plus il va en souffrir et moins il va être heureux dans la vie.Sami, fondateur d’Oedeep
Façon de vivre le désirLien avec la satisfaction de couple
Vision dichotomique (madone opposée à putain)Satisfaction plus basse, en moyenne (Bareket et al., 2018)
Vision intégrée (tendresse et désir sur une même personne)Tendance associée à un vécu de couple plus apaisé

Pour aller plus loin, l'article sur le complexe de la madone et de la putain détaille d'où vient ce schéma et ce que la psychologie en a mesuré. Et si vous voulez apprendre à repérer un homme qui sépare l'amour et le sexe, un second article aborde les signes concrets, sans jugement ni étiquette définitive.

À retenir

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé et n’établit aucun diagnostic.

Publié le 16 juin 2026 · Mis à jour le 16 juin 2026