Complexe de la madone et de la putain : comprendre
Par Sami, fondateur d’Oedeep · Publié le 16 juin 2026
Le complexe de la madone et de la putain désigne une façon de scinder les femmes en deux camps opposés : la femme « pure » qu'on épouse et qu'on admire, et la femme « sexuelle » qu'on désire mais qu'on ne respecte pas. Chez les hommes qui y adhèrent, l'amour et le désir s'excluent : plus la tendresse grandit, plus le désir s'éteint. C'est une tendance, pas une fatalité.
C'est quoi le complexe de la madone et de la putain ?
Le complexe de la madone et de la putain est une grille de perception qui range les femmes dans deux catégories étanches : d'un côté la madone, chaste et idéalisée, faite pour une relation sérieuse ; de l'autre la « putain », désirable mais dévalorisée, réservée au sexe. Chez l'homme qui fonctionne ainsi, l'admiration tue le désir, et le désir interdit l'admiration.
Cette dichotomie n'est pas un caprice ni un défaut moral isolé. C'est un schéma décrit de longue date en psychologie, qui touche au rapport entre tendresse et sexualité dans la psyché masculine.
Selon Bareket, Kahalon, Shnabel et Glick (2018, étude par questionnaire, revue Sex Roles), la dichotomie madone/putain désigne « des perceptions polarisées des femmes, soit comme de bonnes madones chastes et pures, soit comme de mauvaises putains promiscues et séductrices ». Bareket et al., 2018
Plus un homme est amoureux, plus il a du mal à désirer. Et ça, c'est un des grands paradoxes dans la psyché masculine qui est connu et reconnu et qui est largement étudié.Sami, fondateur d’Oedeep
D'où vient le concept de la madone et de la putain ?
Le concept vient de Sigmund Freud, qui le formule dès 1912 dans un essai sur la vie amoureuse. Il y décrit des hommes incapables de réunir, sur une même femme, le courant tendre et le courant sensuel. Sa formule est restée célèbre : là où ces hommes aiment, ils ne désirent pas ; là où ils désirent, ils ne peuvent pas aimer.
Freud parlait d'« impuissance psychique » : l'échec de la fusion entre l'affection et la sensualité. Dans ce cadre théorique, il avançait que pour désirer fortement, certains hommes auraient besoin d'abaisser l'objet de leur désir. Il faut le lire pour ce que c'est : une lecture psychanalytique fondatrice, pas une loi démontrée pour tous les hommes.
Selon Sigmund Freud (1912, essai théorique, « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse »), ces hommes échouent à combiner « le courant tendre et le courant sensuel » de l'amour : « là où ils aiment, ils ne désirent pas, et là où ils désirent, ils ne peuvent pas aimer ». Freud, 1912
Le concept a ensuite été repris par d'autres cliniciens, puis mesuré du côté de la psychologie expérimentale. Ce n'est donc ni une invention récente, ni un simple fantasme : c'est un construit que la recherche a su opérationnaliser. Pour comprendre pourquoi, concrètement, le désir baisse souvent quand l'amour grandit, un article dédié détaille ce conflit entre tendresse et sexualité.
D'où vient cette tendance à séparer les femmes en deux camps ?
Pas d'une origine, d'une culture ou d'une religion : la recherche la relie aux valeurs sexistes et patriarcales. Quand des chercheurs ont mesuré l'adhésion à la dichotomie madone/putain, ils l'ont trouvée corrélée à l'idéologie de domination, à la justification du système de genre et au sexisme. Plus on adhère à un ordre patriarcal, plus on a tendance à classer les femmes ainsi.
Ce sexisme se décline en deux versants complémentaires. Le sexisme hostile dévalorise ouvertement la femme jugée « facile ». Le sexisme bienveillant, lui, idéalise la femme « pure » et la place sur un piédestal, dans un rôle traditionnel. Mettre une partenaire sur un piédestal et en rabaisser une autre relèvent du même système : ce sont deux faces d'une même attitude ambivalente.
Selon Bareket et al. (2018, Sex Roles, échantillon de 108 hommes hétérosexuels), l'adhésion à la dichotomie est positivement associée à l'idéologie patriarcale et aux attitudes sexistes ; la théorie féministe avance qu'elle « découle d'un désir de renforcer le patriarcat ». Étude observationnelle, échantillon limité : il s'agit d'une corrélation, pas d'une causalité. Bareket et al., 2018
Selon Glick et Fiske (1996, validation psychométrique, Journal of Personality and Social Psychology), le sexisme se compose d'un versant hostile (antipathie) et d'un versant bienveillant (idéalisation paternaliste de la femme dans des rôles traditionnels), mesurés par l'Ambivalent Sexism Inventory (fiabilité interne de 0,73 à 0,92). Glick et Fiske, 1996
Pourquoi la femme qui devient mère est-elle parfois moins désirée ?
Parce que, dans cette logique, la conjointe se rapproche de la figure de la mère, qui appartient au registre de la madone. La psychanalyse propose une explication : à mesure que l'homme perçoit sa compagne comme une mère, le désir reculerait, freiné par l'interdit symbolique attaché à cette figure. C'est une interprétation théorique, pas un mécanisme prouvé.
L'idée centrale est l'impossibilité de réunir l'amante et la mère sur la même personne. Quand un homme y est enfermé, le quotidien et la parentalité peuvent éteindre le désir là où la tendresse, elle, augmente. Cette tension entre amour et sexe, et la manière de la reconnaître chez un homme qui sépare l'amour et le sexe, méritent d'être identifiées tôt.
En chaque femme, il y a un peu de madone et il y a un peu de putain. En chaque femme, il y a une femme qui a besoin de se sentir désirée, qui désire, qui a des fantasmes, et une part de femme mère.Sami, fondateur d’Oedeep
Le complexe de la madone et de la putain abîme-t-il le couple ?
Il pèse sur la relation, sans la condamner d'office. Quand des chercheurs ont mesuré cette dichotomie chez des hommes en couple, plus l'adhésion était forte, plus la satisfaction relationnelle était basse. L'explication tient : plus la vision est éloignée de la réalité (où chaque personne mêle tendresse et désir), moins on est à l'aise dans le réel du quotidien.
L'effet décrit une tendance observée sur un échantillon précis, pas votre cas personnel. C'est un signal statistique, à manier comme un ordre de grandeur, pas comme un verdict.
Selon Bareket et al. (2018, Sex Roles, 108 hommes), « l'adhésion à la dichotomie madone/putain prédit négativement la satisfaction relationnelle des hommes ». Lien corrélationnel sur un échantillon limité, sans preuve de causalité. Bareket et al., 2018
Comment reconnaître un homme qui a cette tendance ?
Le meilleur indice se trouve dans les mots qu'il emploie pour parler des autres femmes. Écoutez sa façon de parler de ses ex et des femmes qu'il a côtoyées : s'il les classe par leur nombre de partenaires ou par leur manière de se présenter (« une fille facile », « juste une conquête »), c'est un signal. Cette manière de catégoriser n'est pas un test diagnostique, mais un correlat plausible.
La recherche éclaire cet indice : l'adhésion à la dichotomie est statistiquement liée à l'objectification sexuelle des femmes et au double standard sexuel. Repérer cette tendance avant de s'engager a du sens, puisqu'elle prédit en moyenne une moindre qualité de relation.
Selon Bareket et al. (2018, Sex Roles), l'adhésion à la dichotomie est positivement associée à l'objectification sexuelle des femmes et aux doubles standards sexuels. Bareket et al., 2018
Voici, pour situer le spectre, trois profils que je propose comme grille de lecture (et non comme catégories scientifiques) :
| Profil | Rapport à la dichotomie |
|---|---|
| L'homme binaire | Adhère pleinement : il sépare nettement la femme « à marier » de la femme « pour le sexe ». |
| L'homme réaliste | Se tient entre les deux : il accepte qu'en chaque femme il y ait un peu de madone et un peu de putain. |
| Le jouisseur (libertin) | À l'opposé : la question morale ne se pose plus, toute femme est une partenaire potentielle. |
La madone et la putain sont-elles les seuls rôles possibles ?
Non. Ces deux étiquettes sont réductrices et péjoratives, et elles ne couvrent pas toute la palette. Je propose un troisième archétype, celui de la matriarche : la femme qui fait figure d'autorité, sait poser ses limites, n'est ni sexualisée ni placée en position de pure vulnérabilité. C'est une grille de lecture que j'avance, pas un fait établi.
L'idée n'est pas de basculer d'un rôle imposé à un autre, mais de sortir du face-à-face madone/putain. Pour une femme confrontée à un partenaire enfermé dans cette logique, prendre conscience du schéma est déjà un premier pas pour ne pas l'alimenter sans le vouloir.
La matriarche, c'est la femme mère qui fait figure d'autorité, qui sait fixer ses limites, qui n'est pas sexualisée, mais qui n'est pas non plus dans une posture ultra-vulnérable.Sami, fondateur d’Oedeep
Surtout, rappelons l'essentiel : il s'agit d'une tendance théorique. La plupart des hommes ne fonctionnent pas dans cette vision binaire. C'est une clé de lecture pour mieux se comprendre et mieux comprendre l'autre, jamais une assignation.
À retenir
- Le complexe de la madone et de la putain oppose l'amour (tendresse, admiration) au désir : plus l'homme idéalise, moins il désire.
- Le concept vient de Freud (1912), qui le résume par « là où ils aiment, ils ne désirent pas ».
- La recherche relie cette dichotomie aux valeurs sexistes et patriarcales, jamais à une origine ou une culture.
- C'est une tendance mesurable dans une partie de la population masculine, pas une loi ni un diagnostic.
- Elle n'est pas une fatalité : la plupart des hommes ne fonctionnent pas dans cette vision binaire.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé et n’établit aucun diagnostic.
Publié le 16 juin 2026 · Mis à jour le 16 juin 2026