Relation pansement : et si elle aidait à guérir ?
Par Sami, fondateur d’Oedeep · Publié le 11 août 2026
La relation pansement, cette nouvelle histoire commencée alors que le deuil de la précédente n’est pas terminé, est souvent présentée comme une erreur. La recherche nuance ce jugement : une relation saine, fondée sur la réciprocité, peut casser l’idéalisation de l’ex et accompagner le deuil amoureux. Le vrai risque se joue ailleurs, dans la façon et le moment d’en parler à son nouveau partenaire.
C’est quoi une relation pansement ?
Une relation pansement désigne le fait de vivre une ou plusieurs relations juste après une séparation, pour « passer la pommade » et tenter de partir sur autre chose. L’expression est péjorative : elle sous-entend qu’on se sert du nouveau partenaire comme d’un remède, sans être vraiment disponible pour lui.
La critique la plus fréquente porte sur l’honnêteté : vous ne seriez pas au clair avec vous-même, pas encore disposé(e) à une nouvelle relation, et vous le cacheriez à la personne qui arrive. S’y ajoute le reproche d’égoïsme, évoqué dans la vidéo : utiliser quelqu’un comme un pansement, c’est faire passer son propre soulagement avant la relation elle-même.
Ces critiques décrivent un risque réel, mais elles racontent une partie de l’histoire seulement. Pour comprendre l’autre partie, il faut regarder ce qui se passe dans la tête d’une personne en deuil amoureux.
Pourquoi idéalise-t-on son ex après une rupture ?
Après une rupture, la mémoire opère une focalisation sélective : elle retient les bons côtés et les bons moments de la relation terminée. Si la nouvelle relation se passe mal, le contraste amplifie encore cette idéalisation : on se dit qu’on ne retrouvera jamais quelqu’un d’aussi formidable, avec autant de complicité, et le deuil s’enlise.
La vidéo s’ouvre sur un témoignage qui l’illustre : Roxane raconte avoir mis trois à quatre ans à faire le deuil d’une relation de quinze ans, son premier amour. En couple avec quelqu’un d’autre, elle pensait encore systématiquement à son ex : tout, dans le quotidien de la nouvelle relation, devenait comparaison avec la précédente, d’autant que beaucoup de choses n’allaient pas dans cette nouvelle histoire.
Le mécanisme inverse existe aussi. Quand une nouvelle relation apporte une intimité qu’on n’avait jamais expérimentée, on réalise que la première relation n’était pas aussi parfaite qu’on l’idéalisait. C’est souvent cette découverte, plus qu’un raisonnement, qui fait tomber le piédestal de l’ex. Si ce mélange entre le manque de la personne et le manque du couple vous parle, l’article lui ou le couple : qu’est-ce qui vous manque vraiment ? approfondit cette distinction.
Selon Brumbaugh et Fraley (2015, deux études, N = 77 puis N = 236), les personnes en nouvelle relation après une rupture rapportaient moins de sentiments résiduels pour leur ex que les célibataires (r = -.43, p < .01). Journal of Social and Personal Relationships
Une relation pansement peut-elle aider à faire son deuil ?
Oui, à une condition : que la nouvelle relation soit saine, réciproque, et qu’elle évolue dans la bonne direction. Dans ce cas, elle ne remplace pas le deuil, elle l’accompagne : le changement de vie qu’elle crée aide à tourner la page, et l’intimité nouvelle corrige l’idéalisation de l’ex. Voir la relation pansement uniquement comme une fuite passe à côté de cette possibilité.
Mais si tu rencontres quelqu’un avec qui il y a une réciprocité et que la relation est saine et elle évolue dans la bonne direction, ça t’aide et ça te permet de faire le deuil.Sami, fondateur d’Oedeep
La recherche va dans le même sens. Se remettre en couple après une rupture est associé, en moyenne, à un meilleur état psychologique, et pas seulement chez les personnes déjà solides.
Selon Brumbaugh et Fraley (2015, deux études), les personnes en nouvelle relation montraient un meilleur bien-être que les célibataires (r = .16, p < .05), et moins de temps passé seul entre deux relations était associé à un meilleur bien-être (r = -.28, p < .001) et à une meilleure estime de soi (r = -.19, p < .05). Journal of Social and Personal Relationships
Selon Spielmann, MacDonald et Wilson (2009, étude corrélationnelle et deux expériences), le lien habituel entre attachement anxieux et nostalgie de l’ex disparaît quand la personne a un nouveau partenaire : se tourner vers quelqu’un de nouveau peut être une part adaptative de la récupération. Personality and Social Psychology Bulletin
Selon Marshall, Bejanyan et Ferenczi (2013, deux études, N = 411 et N = 465), la tendance au rebond médiait un lien indirect entre attachement anxieux et croissance personnelle post-rupture (bêta = .06, p = .003) : se ré-engager peut contribuer à la croissance plutôt qu’à l’échec annoncé. PLOS ONE
Tout dépend donc de la nature de la nouvelle relation. Voici les repères qui ressortent de la vidéo :
| Une relation qui accompagne le deuil | Une relation qui l’entretient |
|---|---|
| Une vraie réciprocité, une relation qui évolue dans la bonne direction | Beaucoup de choses qui ne vont pas au quotidien |
| Une intimité nouvelle qui relativise la relation précédente | Une comparaison permanente avec l’ex |
| Le sentiment de commencer un nouveau chapitre | Une focalisation sur les bons souvenirs d’avant |
| La possibilité d’être soi-même et de dire ce qu’on traverse | L’impossibilité d’être transparent(e) sur ce qu’on vit |
Ce cheminement s’inscrit dans un processus plus large, fait d’oscillations émotionnelles plutôt que d’étapes ordonnées : le guide pour se remettre d’une rupture en donne la vue d’ensemble, et vous pouvez explorer en détail ce que traverse réellement un deuil amoureux.
Faut-il dire à son nouveau partenaire qu’on n’a pas fini son deuil ?
Cela peut être une bonne idée, mais tout dépend de trois paramètres : vous, la capacité de l’autre à le recevoir, et le stade de votre relation. Une confidence sur votre deuil ne sera pas reçue de la même manière après deux rendez-vous qu’après plusieurs mois de relation. Le contenu compte moins que le timing.
Dit trop tôt et trop frontalement, l’aveu agit comme un signal d’alarme : la personne en face entend « je n’ai pas fait le deuil de mon ex » et peut couper court à une relation qui avait du potentiel. Imaginez un début de relation qu’on aimerait romantiser, et qui commence par le récit des états d’âme de l’autre sur son ex.
Les gens qui le font, ils le font souvent inconsciemment pour mettre de la distance, parce qu’ils sont pas prêts à passer à autre chose.Sami, fondateur d’Oedeep
C’est le point le plus contre-intuitif : la transparence frontale au mauvais moment n’est pas toujours de l’honnêteté. Elle sert souvent, sans qu’on s’en rende compte, à saboter la relation naissante et à garder l’autre à distance, précisément parce qu’on ne se sent pas prêt(e). Avant de tout déballer, mieux vaut vous demander où vous en êtes réellement : les signes qui montrent qu’on guérit d’une rupture donnent des repères concrets pour le savoir.
À retenir
- La relation pansement est surtout critiquée pour son manque d’honnêteté supposé envers le nouveau partenaire.
- Après une rupture, la mémoire fait une focalisation sélective sur les bons souvenirs : l’ex paraît irremplaçable.
- Selon les études, les personnes en nouvelle relation vont en moyenne mieux et gardent moins de sentiments pour l’ex.
- Une nouvelle relation saine, avec une vraie réciprocité, peut accompagner le deuil au lieu de le retarder.
- Annoncer frontalement son deuil inachevé au mauvais moment peut saboter un début de relation qui avait du potentiel.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé et n’établit aucun diagnostic.
Publié le 11 août 2026 · Mis à jour le 11 août 2026