Étapes du deuil amoureux : pourquoi elles n'existent pas

Par Sami, fondateur d’Oedeep · Publié le 11 août 2026

Les étapes du deuil amoureux, telles qu'on les imagine (une séquence ordonnée qui va du choc à l'acceptation), ne se succèdent pas dans cet ordre. La recherche décrit plutôt des oscillations : des émotions très différentes qui montent, redescendent et reviennent. Une rechute ne signifie donc pas un retour à la case départ : elle fait partie du processus qui suit une rupture.

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Les étapes du deuil amoureux existent-elles vraiment ?

Pas sous la forme d'une séquence ordonnée. La théorie des étapes du deuil (déni, colère, dépression, acceptation) est très répandue, mais quand des chercheurs l'ont testée sur des personnes endeuillées suivies dans le temps, les émotions ne sont pas apparues dans l'ordre prévu. L'acceptation, censée arriver en dernier, était déjà l'état le plus présent dès le premier mois.

Selon Maciejewski, Zhang, Block et Prigerson (2007, étude longitudinale publiée dans JAMA auprès de 233 personnes endeuillées suivies de 1 à 24 mois), les indicateurs de deuil ne suivent pas la séquence des étapes classiques : l'acceptation est l'item le plus endossé dès le 1er mois, le manque domine les émotions négatives et culmine à 4 mois, la colère à 5 mois et la dépression à 6 mois. Maciejewski et al., 2007

Cette étude porte sur le deuil d'une personne décédée, le terrain d'origine de la théorie des étapes. Côté ruptures amoureuses, les travaux qui ont suivi des personnes séparées au jour le jour vont dans le même sens : pas de phases nettes qui s'enchaînent, mais des courbes qui se croisent.

Que vit-on vraiment après une rupture ?

Des oscillations. Un jour de colère contre soi-même, le lendemain de la colère contre l'autre, une semaine plus tard de la rumination qui tourne autour du pourquoi, puis une accalmie, puis un nouveau pic de remise en question. Ce ne sont pas des paliers que l'on franchit une fois pour toutes : ce sont des vagues d'intensité variable, dont la fréquence diminue avec le temps.

Souvent la croyance, tu sais, c'est qu'il y a un deuil avec des étapes. Étape une, étape deux, étape trois et ensuite à la fin, ça finit par aller mieux. Mais en réalité, ça se passe pas comme ça. C'est pas des cycles, c'est des oscillations d'émotions très différentes.Sami, fondateur d’Oedeep

C'est exactement ce que montre la recherche quand elle mesure les émotions en temps réel plutôt que de mémoire. Concrètement, ces oscillations prennent souvent la forme suivante :

Selon Sbarra et Emery (2005, étude par journal d'émotions publiée dans Personal Relationships), 58 jeunes adultes interrogés aléatoirement pendant 28 jours après leur rupture montrent une forte volatilité émotionnelle plutôt que des phases ordonnées : l'amour décline linéairement tandis que tristesse, colère et soulagement suivent des courbes non linéaires qui montent et redescendent. Sbarra et Emery, 2005

Pourquoi a-t-on l'impression de ne jamais en sortir ?

Parce qu'on attend une progression linéaire qui n'existe pas. Quand on croit aux étapes, chaque nouveau pic de colère ou de rumination est vécu comme une régression : « je pensais aller mieux, donc je n'en sortirai jamais ». En réalité, ce pic fait partie du processus. C'est cette lecture erronée, plus que les émotions elles-mêmes, qui nourrit le découragement, surtout quand une obsession amoureuse s'est installée.

Autre raison de cette impression : la tristesse et la colère ne guérissent pas au même rythme. On peut sentir la colère retomber tout en restant englué dans la tristesse, ou l'inverse. Le tableau ci-dessous résume l'écart entre la croyance et ce que montrent les données.

Ce que l'on croitCe que montre la recherche
Des étapes fixes, dans un ordre précisDes émotions qui coexistent et alternent
L'acceptation arrive à la finL'acceptation est présente dès le début et grandit
Une rechute annule les progrèsLes pics font partie du déclin global
Un seul processus de guérisonTristesse et colère suivent des chemins distincts

Selon Sbarra (2006, analyse de survie publiée dans Personality and Social Psychology Bulletin), chez 58 jeunes adultes suivis quotidiennement pendant 4 semaines après une rupture, la récupération de la tristesse et celle de la colère sont des processus distincts : plus d'amour résiduel, de colère et de préoccupation d'attachement réduisent la probabilité de sortir de la tristesse, tandis que la sécurité d'attachement augmente la probabilité de sortir de la colère. Sbarra, 2006

Si vous cherchez des repères concrets pour situer votre progression, les signes qui montrent qu'on se remet d'une rupture offrent des marqueurs plus fiables qu'un calendrier d'étapes.

Le deuil amoureux est-il le même pour toutes les relations ?

Non. Le deuil change de nature selon la relation qui se termine. On peut pleurer une relation longue et investie dans laquelle on était heureux, ou devoir se reconstruire après une relation qui a abîmé la confiance en soi : dans la vidéo, Roxane décrit avoir traversé ces deux formes de deuil, très différentes l'une de l'autre.

Un facteur qui étale le deuil : la comparaison. Quand on enchaîne avec une nouvelle relation où beaucoup de choses ne vont pas, on se met à idéaliser la précédente, d'autant plus qu'elle s'éloigne dans le temps et que le souvenir du quotidien réel s'estompe. Le deuil s'étire alors, non pas parce que la relation perdue était parfaite, mais parce que la présente sert de repoussoir. À l'inverse, une nouvelle relation saine et réciproque peut accompagner le processus, comme le détaille l'article sur la relation pansement.

Il n'existe donc pas de durée normale ni de parcours type. Ce qui aide vraiment, c'est de comprendre la mécanique globale de la reconstruction, expliquée dans le guide pour se remettre d'une rupture, et de limiter ce qui entretient les oscillations, à commencer par l'exposition permanente à son ex, abordée dans l'article sur le fait de couper le contact avec son ex.

À retenir

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé et n’établit aucun diagnostic.

Publié le 11 août 2026 · Mis à jour le 11 août 2026