Tableau de chasse : pourquoi les hommes comptent

Par Sami, fondateur d’Oedeep · Publié le 17 juin 2026

Le tableau de chasse masculin, cette tendance à compter et à collectionner les partenaires, a souvent peu à voir avec le plaisir. Il fonctionne d'abord comme un capital érotique, un marqueur de statut dans le groupe des hommes, et parfois comme une façon de ne pas se perdre dans une seule relation. Ce sont des tendances moyennes, avec un fort recouvrement entre les sexes : jamais une fatalité.

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C'est quoi le tableau de chasse masculin ?

Le tableau de chasse, c'est la liste, plus ou moins consciente, des partenaires qu'un homme accumule et compare. Beaucoup d'hommes se construisent ce que l'on peut appeler un capital érotique : un nombre de conquêtes qui sert de preuve de valeur. Ce qui se joue là est rarement le plaisir physique, c'est surtout une question de place dans le regard des autres hommes.

L'idée n'a rien d'automatique ni d'universel. La recherche décrit des différences moyennes entre hommes et femmes dans l'ouverture au sexe sans engagement, avec d'importantes variations selon les contextes culturels.

Selon Schmitt (2005, étude interculturelle dans Behavioral and Brain Sciences, 48 nations, N = 14 059), les différences moyennes de sociosexualité sont en faveur des hommes et relativement universelles, mais se réduisent dans les sociétés à plus forte égalité entre les sexes. Schmitt, 2005

Les hommes, ils se construisent un capital érotique. C'est le fameux tableau de chasse. Entre hommes, on est beaucoup dans la comparaison (...). C'est beaucoup la quantité plus que la qualité.Sami, fondateur d’Oedeep

Pourquoi les hommes comptent-ils leurs partenaires ?

Parce que le nombre de partenaires fonctionne comme un marqueur de statut entre hommes, bien plus que comme une source de plaisir. Dans le groupe masculin, la comparaison est permanente, et elle porte d'abord sur la quantité. Avoir « plus » que les autres, c'est exister un peu mieux dans la hiérarchie implicite du groupe. C'est une logique de compétition, pas de désir.

Cette compétition est ancienne et théorisée. Les modèles évolutionnistes décrivent une rivalité entre hommes pour le statut, qui peut peser sur les stratégies d'accouplement à court terme. À retenir comme un cadre explicatif, pas comme une excuse.

Selon Buss et Schmitt (1993, Sexual Strategies Theory, Psychological Review), la compétition intrasexuelle et la recherche de statut peuvent peser sur les stratégies d'accouplement à court terme, davantage chez les hommes en moyenne. Buss et Schmitt, 1993

Le ressort n'est donc pas « je fais ça pour moi », mais « je fais ça pour ma place ». La sexualité devient un terrain où se mesure la valeur sociale, dans une logique de marché entre hommes.

Tu fais pas ça pour toi, tu fais ça par rapport au statut social que tu vas avoir (...) dans une logique de compétition avec les autres hommes.Sami, fondateur d’Oedeep

Les hommes ont-ils vraiment plus de partenaires ?

En moyenne, l'écart existe sur certains points, mais il est plus petit qu'on ne l'imagine, et il se recouvre beaucoup. La plus grande synthèse disponible sur la sexualité montre que la plupart des comportements masculins et féminins se ressemblent. Seules quelques variables atteignent une différence moyenne « moyenne ». Le nombre de partenaires, lui, ne montre qu'un écart faible.

C'est le point de vigilance le plus important de cet article : on parle de tendances de groupe, jamais de deux camps étanches. Une moyenne décrit une distribution, pas un individu.

Selon Petersen et Hyde (2010, méta-analyse dans Psychological Bulletin, 834 échantillons, plus de 1,4 million de participants), la plupart des 30 comportements et attitudes étudiés montrent des différences moyennes petites ou négligeables ; seules quatre variables, dont les attitudes envers le sexe occasionnel, atteignent une taille d'effet « moyenne » en faveur des hommes. Petersen et Hyde, 2010

Quand un écart apparaît, il porte surtout sur le désir et l'attitude envers le sexe sans engagement, pas tant sur les chiffres réels.

Selon Penke et Asendorpf (2008, Journal of Personality and Social Psychology), l'inventaire SOI-R distingue trois facettes de la sociosexualité (Comportement, Attitude, Désir) ; l'écart moyen le plus net entre hommes et femmes porte sur la facette Désir. Penke et Asendorpf, 2008

Multiplier les partenaires, est-ce une façon de se protéger ?

Souvent, oui. Une des plus grandes peurs masculines, c'est la peur de se perdre dans une femme, de se dissoudre dans une relation unique. Multiplier les partenaires devient alors une stratégie de défense, le plus souvent inconsciente : tant que je suis dispersé, je ne risque pas de me noyer dans un seul lien. La quantité tient l'intimité à distance.

Ce mécanisme rejoint ce que la recherche décrit sous le terme d'évitement de l'attachement : une tendance à minimiser la proximité émotionnelle, y compris dans la sexualité. C'est l'une des facettes que j'explore dans l'article sur l'homme évitant et la peur de l'intimité.

Selon Birnbaum (2007, Journal of Social and Personal Relationships) et la recherche attachement-sexualité (Mikulincer et Shaver), l'évitement de l'attachement est associé à une sexualité plus distante : les personnes évitantes minimisent les motifs sexuels liés à la proximité et rapportent une intimité sexuelle moindre. Birnbaum, 2007

La nuance est essentielle : tous les hommes ne sont pas évitants, et ce trait existe par degrés. Là où la peur de se perdre ne domine pas, la sexualité peut au contraire devenir un pont vers l'autre, une manière de dire ce que les mots n'arrivent pas à porter. C'est tout l'enjeu d'exprimer ses sentiments par le sexe.

Une des plus grandes peurs masculines, c'est la peur de se perdre en une femme. (...) le fait de multiplier les partenaires. Tu ne multiplies pas les partenaires pour le plaisir (...). si j'ai plein de partenaires, je ne vais pas me noyer dans une seule relation. Donc c'est une façon de se protéger.Sami, fondateur d’Oedeep

Statut ou défense : comment s'y retrouver ?

Les deux ressorts se mêlent souvent, mais ils ne visent pas la même chose. Le tableau de chasse comme statut cherche le regard des autres hommes ; la multiplication comme défense cherche à éviter l'intimité. Voici comment les distinguer, sans réduire personne à une case.

Ce que l'on observeTableau de chasse comme statutMultiplier comme défense
Moteur principalLa place dans le groupe masculinLa peur de se perdre dans l'autre
Public viséLes autres hommesSoi-même, sa propre vulnérabilité
Ce qui compteLa quantité, le scoreLa distance émotionnelle maintenue
Niveau de consciencePartiellement assuméLe plus souvent inconscient
Le plaisir, dans tout çaSecondaireSecondaire

Ce tableau décrit des tendances, pas des verdicts. Beaucoup d'hommes oscillent entre les deux, et la plupart n'ont jamais mis ces mécanismes en mots. Si vous vous demandez où vous en êtes de votre rapport à l'engagement, le test Êtes-vous disponible émotionnellement pour une relation ? peut servir de point de départ.

Peut-on sortir du tableau de chasse ?

Oui, à condition de voir ce qui se joue dessous. Compter ses partenaires n'est pas un trait gravé : c'est une posture apprise, alimentée par le statut et par la peur de l'intimité. Quand ces ressorts se relâchent, par exemple dans une relation où l'on se sent en sécurité, le besoin de score perd de sa force et la sexualité peut redevenir un lien plutôt qu'une distance.

Rien ici n'est déterministe. Un homme à l'aise avec sa vulnérabilité, capable de nommer ce qu'il ressent, ne fonctionne pas sur ces schémas. Et ce qui se met en place tôt, par les modèles parentaux et l'entourage, peut évoluer à l'âge adulte. Pour le cadre d'ensemble, je renvoie au pilier sur ce qui se cache derrière la sexualité masculine.

Cet article informe et propose des pistes de réflexion. Il ne remplace pas un accompagnement par un professionnel et n'établit aucun diagnostic.

À retenir

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé et n’établit aucun diagnostic.

Publié le 17 juin 2026 · Mis à jour le 17 juin 2026